Mon résumé
: Henry Molise est un quinquagénaire en
pleine crise existentielle. Doit-il repartir à Rome en Italie, le
pays de ses racines et ainsi abandonner sa femme et ses 4 enfants /
adolescents qui lui mènent une vie d'enfer où rester en
Californie et continuer à écrire des scenarii qu'il qualifie
lui-même de minables ? Il ne cesse de calculer l'argent qu'il lui
faudrait économiser pour partir seul, prendre un aller sans
retour, jusqu'au jour où, la gueule de bois, rentrant d'une
beuverie, il trouve dans son jardin un animal qui lui semble d'abord
être un lion puis un ours. En fait, ce n'est qu'un énorme chien
errant, idiot de rester là, sous la pluie. L'animal ne semblant pas
vouloir repartir, il va user de tous les stratagèmes pour le faire
dégager et va, sans s'en rendre compte se lier peu à
peu à lui. Son nom est quant à lui tout trouvé : Stupide. Ce nouveau
venu va faire remonter à la surface les rancœurs, les vraies
personnalités, et les vérités de chacun. Henry doit alors faire
des choix entre ses rêves et sa famille, pour trouver la stabilité
qui calmera ce joyeux bordel à l'américaine.
Mon avis
: Noir, cynique à souhait mais néanmoins comique à cause des réflexions
et réparties incongrues, j'ai beaucoup
aimé ce livre. Première expérience avec John Fante, et j'espère pas
la dernière. J'ai adoré m'immiscer dans cette famille américaine de base
composée de 6 personnes et du chien Stupide qu'ils ont
finalement adopté malgré eux.
Henry, le père, écrivain minable, égoïste, qui veut
plaquer sa famille et aller vivre seul à Rome. Il ne pense qu'à ça mais
quand on voit sa famille, on le comprend... Il
regrette d'avoir engendré ses 4 enfants et s'en débarrasserait sans
scrupules : "Elle était pourtant adorable, mon Harriet : 25 ans
qu’elle tenait le coup à mes côtés ; elle m’avait donné
trois fils et une fille, dont j’aurais joyeusement échangé n’importe
lequel, voire les quatre, pour une Porsche neuve, ou même une MG GT 70."
Harriet, la mère, qui serait bien tranquille elle
aussi toute seule, mais doit faire à manger et faire le ménage pour
cette famille irrespectueuse et ses enfants qu'elle pousse à
quitter le domicile et à voler de leurs propres ailes. Elle est
raciste, et ne supporte pas que son fils Dominic sorte avec une noire.
Tina, leur fille qui est avec un surfeur "clochard des plages" comme le qualifie son père. Ils vivent dans un van mais elle vient toujours chez ses parents pour
faire laver son linge.
Denny, l'acteur raté, qui semble idiot mais ne
l'est pas tant que ça, car il va courir chez tous les médecins de la
région s'inventer toutes les maladies du monde pour finalement
réussir à se faire réformer de l'armée.
Dominic, qui vit avec une noire ce qui insupporte
sa mère au plus haut point. Il s'est marié en cachette à Noël et se fait
tabasser par sa femme.
Jamie est l'exception de la famille. Il a la main
sur le coeur, aime les animaux et les études. Il est calme et n'a
jamais causé de problèmes à ses parents mais il a
finalement arrêté la fac pour se consacrer au bénévolat dans une
clinique.
C'est dans cette famille où les enfants boivent, fument des joints,
insultent leurs parents mais refusent de couper le cordon pour vivre
encore à leur crochet que va arriver
Stupide, le gros chien idiot qui a lui aussi de nombreux travers. En effet, il est pervers et "pédé" : il ne pense qu'à "sauter" les humains et les chiens
de sexe masculin.Ce chien ne devient qu'une excuse à cette famille pour qu'elle se dise ses quatre vérités.
Cette famille "Bidochon" m'a souvent fait rire et ce roman oscille en permanence entre le tragique et le comique.
Une lecture appréciable où personne n'a de moralité, de bienséance et de sens civique. Jubilatoire!
Extrait (début du livre)
: C'était janvier, il faisait froid et sombre, il pleuvait. J'étais las
et déprimé, mes
essuie-glaces ne fonctionnaient pas et j'avais la gueule de bois
après une longue soirée de beuverie et de discussions avec un
réalisateur millionnaire qui voulait me faire écrire le scénario
d'un film sur un couple de gangsters "à la manière de Bonny and
Clyde, avec de l'esprit et de la classe". Aucun salaire n'était prévu.
"Nous serons associés, cinquante-cinquante."
C'était la troisième proposition de ce genre qu'on me faisait en six mois, un signe des temps très décourageant.
Je me traînais à vingt-cinq à l'heure sur la route de la côte, la tête passée par la fenêtre, le visage ruisselant d'eau ; j'écarquillais les yeux pour essayer de suivre la ligne blanche et le toit en vinyle de ma Porsche 1967 (quatre mensualités impayées, l'organisme de crédit gueulait) a bien failli être arraché par la pluie quand j'ai enfin bifurqué vers l'océan.
Nous habitions Point Dume, une langue de terre qui avançait dans la mer comme un sein dans un film porno, au nord du croissant de la baie de Santa Monica. Point Dume est une sorte de lotissement dépourvu d'éclairage municipal, une excroissance suburbaine chaotique couverte d'un réseau si dense de rues tortueuses et d'impasses que, j'avais beau y habiter depuis vingt ans, je m'y perdais encore dès qu'il pleuvait ou qu'il y avait du brouillard, et j'errais souvent à l'aveuglette dans des rues situées à moins de deux blocs de chez moi.
Comme je l'avais prévu par cette soirée de tempête, je me suis engagé dans Bonsall au lieu de Fernhill, puis j'ai entamé la longue routine désespérée consistant à essayer de trouver ma maison. Je savais qu'à condition de ne pas tomber en panne d'essence, je finirais par rejoindre la route de la côte et la cabine téléphonique de l'arrêt de bus, d'où je pourrais appeler Harriet pour lui demander de venir et de me montrer le chemin de la maison.
C'était la troisième proposition de ce genre qu'on me faisait en six mois, un signe des temps très décourageant.
Je me traînais à vingt-cinq à l'heure sur la route de la côte, la tête passée par la fenêtre, le visage ruisselant d'eau ; j'écarquillais les yeux pour essayer de suivre la ligne blanche et le toit en vinyle de ma Porsche 1967 (quatre mensualités impayées, l'organisme de crédit gueulait) a bien failli être arraché par la pluie quand j'ai enfin bifurqué vers l'océan.
Nous habitions Point Dume, une langue de terre qui avançait dans la mer comme un sein dans un film porno, au nord du croissant de la baie de Santa Monica. Point Dume est une sorte de lotissement dépourvu d'éclairage municipal, une excroissance suburbaine chaotique couverte d'un réseau si dense de rues tortueuses et d'impasses que, j'avais beau y habiter depuis vingt ans, je m'y perdais encore dès qu'il pleuvait ou qu'il y avait du brouillard, et j'errais souvent à l'aveuglette dans des rues situées à moins de deux blocs de chez moi.
Comme je l'avais prévu par cette soirée de tempête, je me suis engagé dans Bonsall au lieu de Fernhill, puis j'ai entamé la longue routine désespérée consistant à essayer de trouver ma maison. Je savais qu'à condition de ne pas tomber en panne d'essence, je finirais par rejoindre la route de la côte et la cabine téléphonique de l'arrêt de bus, d'où je pourrais appeler Harriet pour lui demander de venir et de me montrer le chemin de la maison.
A lire aussi :
Bandini
La route de Los Angeles
Demande à la poussière
Rêves de Bunker Hill
Les compagnons de la grappe
Éditions 10/18 Domaine étranger - Drame - 154 pages





Je ne sais pas vraiment pourquoi mais j'ai adoré ce livre, je le trouvais très touchant et original ^^
RépondreSupprimerMoi aussi. J'ai découvert l'auteur grâce ce livre. Du coup je les ai tous lus!
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