Mon résumé
: Au Danemark, par une nuit
d'hiver, le narrateur revient sur le lieu où son arrière grand-mère
Ane a caché un terrible secret. Il sait que son grand-père est né d'un
adultère, et pour cause, il était le seul de
la famille à avoir les cheveux noirs et les yeux noirs. En effet, en
1902, un trois mâts a fait naufrage au large de Skagen un petit village
de pécheurs. Le seul survivant était un marin
d'origine américaine et Ane l'a gentiment hébergé le temps qu'il se
remette de ses blessures pendant que son mari Jens Peter était en mer en
campagne de pêche. Neuf mois plus tard est né son
grand-père Tonny Christensen. Grand-père dont il était très proche
et auquel il était le seul a ressembler. Le marin américain a, quant à
lui disparu. Bien que toute la famille était au courant
de l'adultère, le sujet était tabou. C'est donc cent ans plus tard
que le narrateur tente de percer le mystère de ses origines.
Mon avis : Ce roman a reçu le prix "Gens de mer - Étonnants voyageurs"
en 2009 et le mérite totalement.
Néanmoins, si j'ai adoré les deux premiers tiers et le dénouement
(inattendu), j'ai trouvé que le passage où le narrateur raconte sa
propre vie un peu long et inintéressant pour le reste de
l'histoire.
En effet, il nous raconte l'histoire de son arrière grand-mère Ane et du fils qu'elle a eu d'un adultère : Anthon (surnommé Tonny).
C'est
cette partie qui m'a beaucoup plu. On apprend beaucoup de choses sur
la mentalité des danois habitant un petit port de pêche au début du
XXème siècle.
Au village, tout le monde (et même Tonny) sait qu'il est
illégitime, mais le sujet reste tabou et personne n'en parle. Le
narrateur aimait plus son grand-père que n'importe quel autre
membre de sa famille et sait que Tonny a tout fait pour connaître
ses origines, et c'est cette démarche qu'il va continuer après la mort
de celui-ci. En effet, Tonny a vaguement entendu parler
d'une lettre qu'aurait laissé Ane avant de mourir et c'est cette
lettre qu'il va tenter de découvrir. La tache ne va pas être facile pour
lui, car il n'a pas d'autres renseignements que le nom de
son père : Frédéric Porter.
J'ai aimé me plonger dans l'histoire de cette famille où les
non-dits auraient pu être un handicap, mais ont au contraire été une
force. Tonny était le plus grand patron de pêche du village,
avait quatre bateaux et beaucoup d'employés. Celui qu'on raillait et
surnommait l'américain a pris une belle revanche sur la vie.
Ane, quant à elle, n'a jamais baissé les yeux quand elle croisait
quelqu'un dans son village. Son fils unique et son succès en tant que
patron de pêche ont finalement été sa force et son
orgueil. Elle aussi a eu une très belle réussite professionnelle :
elle avait une grande fabrique de hareng séchés et a même été
précurseur de la médecine du travail dans son pays grâce au
docteur Warming avec qui elle a toujours eu une grande complicité.
Le narrateur nous raconte quatre générations : ses arrières grands-parents Ane et Jens Peter, Ses grands parents Tonny et Rie, ses parents Jens Peter
Junior, et lui même. C'est le moment concernant ses parents
et lui même que je n'ai pas aimé. On se perd dans les prénoms des
oncles, tantes, cousins, cousines du coté paternel et
maternel. Ce récit est long et n'a aucun intérêt pour la suite. En
plus, l'auteur nous perd dans des allers et retours dans le temps et les
générations.
L'histoire commence en 1880 et dure un peu plus de 100 ans. 100 ans
pendant lesquels on va apprécier suivre l'évolution des mentalités,
l'évolution des progrès techniques aussi bien à terre
(voitures....) qu'en mer (échosondeur pour localiser les bancs de
poissons...) On apprendra aussi que beaucoup de ces évolutions ont eu
lieu grâce à la grande guerre.
On comprendra à la fin pourquoi Ane est restée avec son mari Jens Peter.
Mon passage préféré est celui où le narrateur est avec son
grand-père Tonny. Il est son portrait craché et on sent bien que la
particularité commune de ces deux là leur a crée un très fort lien
d'amour. Le narrateur n'a d'admiration que pour lui. Il est son
modèle. Son décès a probablement été le pire moment de sa vie.
Je pensais ce roman était autobiographique et que le narrateur était
l'auteur et fut déçue d'apprendre à la fin que tout était inventé à
part le naufrage du bateau. On ne sait donc pas qui est le
narrateur qui ne dit jamais son nom.
J'ai tout de même passé un très agréable moment bien que la police
de caractère soit beaucoup trop petite dans cette édition et ne donne
pas envie.
Par ailleurs, j'ai remarqué de nombreuses erreurs de traduction où
les expressions sont pour la plupart traduites littéralement ce qui nous
donne parfois des phrases totalement loufoques et sans
aucun sens!
L'image que je retiendrai : Ane , désespérée d'avoir toujours son ventre vide de vie, se rend chez le médecin du
village pour lui demander "le mode d'emploi" qu'elle va finalement mettre en oeuvre avec le naufragé... "Les
quelques questions qu'elle balança étaient de nature si intimes que
le docteur en eut le souffle coupé. [...] Il se dit que la démarche
était certes inhabituelle, mais qu'a cela ne tienne [...] Fais le au
milieu du mois, tu sais, entre les saignements, et ensuite
reste étendue, tout à fait immobile. [...] reste allongée sur le
dos et bascule le bassin vers le haut, comme ça, ça tombe où il faut..."
Éditions Babel - Drame familial - 407 pages